Le Mantra Originel

12,50

Serro Warfin, dernier contrebandier libre parcourt la galaxie aux commandes de son vaisseau ultramoderne géré par l’étonnante intelligence artificielle Antor 1700. Mais la guerre civile que se livrent les sénateurs Adar Jool et Sid Hogn se rappelle à son bon souvenir en la personne d’une de ses vieilles connaissances. Il devra infiltrer un groupe de dissidents, contraint et forcé. Mission qui le conduira dans le pire bagne de la galaxie. Mais il ignore encore que sa route croisera celle du Mantra Originel, l’étonnante force qu’utilisent les néo-chamans.

188 Pages

ISBN 979-10-97296-00-1

« Les descriptions sont vraiment bien écrites, ont y croit, on voyage, on participe aux scènes de combat. Et puis comme tous bons romans, il y a des rebondissements, de la traîtrise, des méchants hargneux et revanchards, des filles fabuleuses et redoutables, des conspirations… Et il y a de l’originalité, du dépaysement galactique… »
Tellement Geek

« C’est pulp total et c’est du space-opéra à fond la gomme. » Jean Christophe Gapdy auteur de Alien , Vaisseau et Cie.

 Premier chapitre :

L’astronef de Serro Warfin décolla précipitamment de la planète Drhyn et enclencha sa propulsion dans l’hyperespace.Le contrebandier pouvait enfin souffler. Il était hors de portée des tirs-laser de la flotte du stathouder troll. Machinalement, il
passa la main dans sa chevelure brune et mit le piloteautomatique.
— À toi de prendre le relais mon vieil Antor, dit-il en s’affalant sur son siège.
— Bonjour Serro, enchaîna la voix métallique et ironique de l’intelligence artificielle du vaisseau. Je vois qu’on l’a encore
échappé belle.
— Mais ça valait le coup. L’affaire a été plus que rentable.Cigares et whisky, tu veux bien Antor ?
À ces mots, sortit de sous le tableau de bord une boite élégante, des allumettes et un verre d’alcool avec glaces.
Warfin avait un peu de temps devant lui dans l’hyperespace. Autant en profiter. Bercé par le silence de son cockpit, Serro
repensait à la situation à laquelle il venait de faire face avec brio.
Il était arrivé, il y avait trois jours de cela, sur la planète trolle pour vendre des armes de contrebandes à la guérilla drhynne, les monstres-mouches qui luttaient depuis deux siècles contre la colonisation de leur planète.Comme d’habitude, la couverture de Serro avait
parfaitement fonctionné. Il s’était fait passer pour un contrôleur humanoïde de l’Union. Le temps qu’on découvre que sa carte
était fausse, Serro aurait largement le temps d’accomplir sa juteuse besogne. Il avait pris une chambre dans un motel, près
d’un des nombreux astroports de Drhynville, la capitale planétaire. Là, grâce à un communicateur brouillant les ondes
espionnes, il avait pu prendre rendez-vous avec son contact de la rébellion autochtone en se branchant sur le télécom
planétaire de la chambre. Un visage agressif de mouche géante était apparu sur son écran-holo. Derrière, un décor miteux de jungle tropicale se devinait. Le contact drhyn parlant un pangéen commun poussif, Serro n’avait pas eu besoin de brancher son traducteur universel.
— Communication brouillée hein ? expectora plus qu’il ne parla l’autochtone dryhnien.
— Je suis indétectable, grâce à mon système perso. Rassure-toi, l’ami, j’ai une réputation à tenir. C’est pour ça que vous avez fait appel à moi.
— Toi l’humain avoir marchandises ?
— Evidemment, répondit un peu vexé Serro. La cargaison est en lieu sûr. Sinon, l’heure et le lieu de rendez-vous, c’est… ?
— Très heures après coucher de soleil, sur Grande Péninsule.
— Trois heures après le coucher de soleil, répéta Warfin en tapotant sur un minuscule clavier émergeant du bracelet fixé à
son poignet droit. Sur Grande Péninsule… Ah ! ça y est. J’ai noté l’heure et les coordonnées. J’y serais ! Son contact drhynien émit un étrange bruit avec ses mandibules qui aurait pu signifier aussi bien de l’agacement qu’un au-revoir. Puis l’écran du télécom de la chambre du motel devint noir.
— Antor, tout se passe bien chez toi ? communiqua peu après Serro à son vaisseau depuis son bracelet multi-fonctions.
— Impeccable Warfin, répondit la voix monocorde de l’intelligence artificielle du modèle d’astronef Antor 1700. J’espère qu’il en est de même ici. Le motel te convient-il ?
— Au poil ! Allez, bonne veille à toi. En espérant qu’il n’y ait pas de grabuge.
— Et bonne nuit à toi, partenaire.
— C’est ça, maugréa Serro. Il coupa le contact de son bracelet, sortit son paquet de cigarillos de sa poche. Il fuma depuis son étroite fenêtre en observant le début du long crépuscule dryhnien, fameux dans toute la galaxie. Cela faisait des années que Serro Warfin ne trouvait plus le sommeil. A cause de ces démons du passé, qu’il arrivait peu ou prou à fuir en menant cette vie de contrebandier…
Le soleil immense, disparut peu à peu du ciel, signifiant l’heure de la fermeture des commerces dans l’industrieuse mégapole trolle. Déjà, le chant guttural du prêtre faërien, invitant au recueillement les fidèles, résonnait dans les rues ayant cessé d’un coup d’être bondées. Serro se serait cru sur Pangé au moment du crépuscule. Sauf qu’ici, cette lueur cyclopéenne durait bien plus longtemps avant de céder la place à la nuit dryhnienne.
L’activité marchande effrénée avait donc cessé d’un coup. Les trolls et gobelins priaient et jeûnaient pour les plus fervents, déjeunaient sans prier pour les plus mécréants. Il n’y avait que les restaurants à encore fonctionner à ces heures, par dérogation spéciale du synode faërien qui, avec le stathouder planétaire, gouvernait ce monde. Warfin décida, donc, qu’il était temps d’aller goûter quelques spécialités locales. Les villes de la planète trolle le fascinaient toujours, encore plus sous cette lumière de fin des temps. Chaque rue évoquait un souk déserté. Serro arriva dans le quartier gobelin où les humains en visite sur Drhyn se rendaient systématiquement, car les gargotes y étaient réputées comme les moins pires de la
planète.
Soudain, il devina qu’il était suivi. Serro ne s’affola pas. Il savait que les contrôles d’étrangers humanoïdes s’étaient accrus depuis que la guerre entre les deux partis principaux de la Diète Interstellaire avait débuté dix ans auparavant. Dryhn soutenant le parti d’Adar Jool, les limiers de cet Etat policier devaient le pister pour savoir s’il n’était pas de l’autre bord, celui du Patricien Sid Hogn. Peu importait. Son stratagème de faux agent de contrôle lui permettrait de ne pas attiser les soupçons et Serro savait comment semer les forces de l’ordre de chaque planète de la galaxie. Avant d’entrer dans un grand bâtiment qu’il devinait bondé, Warfin brancha son traducteur universel audio et visuel. Il sut ainsi déchiffrer la pancarte de l’établissement, qui à l’instar de toute institution sur Drhyn n’utilisait plus le pangéen unifié comme langue officielle, mais le troll moderne. Il y lut : la Brasserie du Faërien Triomphant . Tout un programme. Serro entra.
L’endroit était vaste et miteux. Ça beuglait de partout. On ne voyait aucun humanoïde à la ronde. Les néons défectueux éclairaient par intermittence la salle du restaurant largement enfumée par différents tabacs provenant de plusieurs systèmes
solaires. Néanmoins Serro traça sa route jusqu’à une table vide et se pencha sur le menu en attendant qu’une serveuse gobeline
vienne le voir. Flottant par-dessus ce sabir interplanétaire, un écran-bulle diffusait un reportage à peine audible sur l’état
actuel de la guerre civile entre le Patricien Sid Hogn et le Grand Consul de l’Union, Adar Jool.
L’attention du contrebandier avait été attirée par le reportage. La guerre entre les deux flottes se situait sur le système de Plémève, autant dire à des siècles d’ici, Drhyn étant en bordure de l’Union Galactique. Le système de Plémève était d’un enjeu stratégique majeur. C’était, d’une part, l’un des plus riches de la galaxie et, d’autre part, un carrefour stratégique pour les trajets commerciaux par vents stellaires ne pouvant bénéficier du coûteux voyage dans l’hyperespace, réservé aux transports militaires… et à des engins trafiqués illégalement comme celui de Serro.
Pour l’instant, le général Adar Jool et sa compagne nonhumaine, Vépary la reine du peuple Mantéra, semblaient avoir le dessus. Mais à quel prix ! Les planètes principales du système de Plémève étaient ravagées par les unités spatiales, terrestres et robotisées des deux camps. Cela faisait maintenant dix ans qu’elle s’était déclenchée. L’ambition des deux grands  hommes de la Diète Interstellaire ne pouvait conduire qu’à un tel drame. L’Empire Xoog, pour l’instant toujours calme, risquait d’en profiter pour annexer quelques systèmes solaires de l’Union, s’inquiétaient les plus pessimistes. Mais Warfin n’en avait cure. Il commanda un plat végétarien, car il avait trop peur de la nature de la viande drhynienne qui risquait de lui être servi. La rachitique et poilue servante gobeline, en combinaison fluo jaune et bleue moulante, railla ouvertement son choix de menu, puis s’en alla dans les cuisines. Elle revint avec l’apéritif, de l’eau-de-vie locale qui à forte dose pouvait créer des hallucinations.
Ensuite, Warfin s’alluma un cigarillo et fit nombre de ronds de fumée, ignorant les quelques regards louches de la faune qui
l’entourait bruyamment.
Après que la nuit fut enfin tombée sur Drhyn, Serro se rendit à l’astroport où était garé son vaisseau. Deux trolls en combinaison grise et verte avec un keffieh noir roulé autour de la tête, comme de simples badauds de la capitale, le suivaient
discrètement. Ils n’avaient aucun rapport avec celui qui avaitpisté Warfin dans les ruelles désertes de la ville tout à l’heure.
Ces deux faëriens des forces de défense planétaire se doutaient que l’humain n’était pas clair.
Quand ils le virent rentrer dans son vaisseau, un Antor modèle 1700, l’un des Faëriens parla discrètement à son bracelet multi-fonctions accroché à son poignet. Il souhaitait quelques renforts. Après avoir suivi cet humain trop confiant qui les mènerait sûrement au-devant des indigènes en rébellion, ils procéderaient à une interpellation.
Le troll réprima un juron. Les renforts pour l’arrestation de l’humain ne pourraient pas être disponibles. Il y avait du grabuge dans les faubourgs sud de Dryhnville, ainsi qu’à l’ouest du premier continent, traditionnellement hostile à l’ordre établi. À l’instar de tout monde de l’Union Galactique, la planète trolle manquait elle aussi de moyens logistiques pour contrôler parfaitement l’ensemble de son immense territoire.
Serro pilotait son vaisseau en mode manuel, persuadé d’avoir semé ses poursuivants, direction un point précis de la Grande Péninsule tout au nord de Drhynville, près du rivage de l’Océan Empoisonné. Ce nom était dû à une algue de la planète
qui avait colonisé cette partie des mers du globe, l’Ijanda, très néfaste pour les autres formes de vie, à cause de minuscules bulbes toxiques sous ses tiges filandreuses. L’Ijanda de couleur brune foncée se nourrissait du sel marin présent en grande
quantité dans l’Océan Empoisonné.
Serro observait la mégapole planétaire plongée dans la nuit, ses lumières lilliputiennes faisant comme un tapis noir serti de
diamants sous l’Antor 1700. La lune drhynienne éclairait la campagne qui, sur ce continent, était une toundra à perte de vue, excepté sur la Grande Péninsule que la jungle primitive recouvrait toujours, à l’instar du second continent de la planète au-delà de l’Océan Empoisonné.
Enfin Warfin vit le bout de son périple. Il restait quelques heures avant le lever du soleil géant.
— Mon vieil Antor, on se pose comme d’hab’ sur la cachette la plus proche du lieu de livraison…
— Affirmatif Serro. J’ai repéré un petit cirque à vingt minutes des coordonnées du rendez-vous. Le glisseur anti-grav est d’ailleurs prêt…
Le petit cirque était cerné par de hauts arbres tropicaux. Quand il sortit en glisseur de l’Antor 1700, Serro fut un temps désorienté par le changement de climat. La moiteur de l’atmosphère pesait comme du plomb. Il ferma entièrement le cockpit transparent de son glisseur et se rendit au lieu convenu avec les rebelles. Il vit enfin des halos lumineux au pied d’une colline
touffue. La couleur bleue claire ne laissait aucun doute à ce sujet. Il s’agissait de lampes-tubes de Zempah à l’autonomie
quasiment sans fin. Il était arrivé au lieu de rendez-vous convenu avec les insurgés de Drhyn. Ils étaient environ une dizaine de ces créatures trapues à tête de mouche difforme. Celles-ci hallucinèrent en le voyant débarquer sur un esquif aussi frêle. Elles s’étaient imaginées le célèbre contrebandier à la barre d’un astronef impressionnant. Serro aimait ce genre d’effet avant une transaction. Il gardait un atout secret dans sa manche. Il pourrait surprendre ses clients en appelant son vaisseau camouflé si les choses tournaient mal. Pourtant, à la vue des trapues mouches humanoïdes de Drhyn, que les colons faëriens appelaient avec mépris indigènes, le contrebandier Warfin n’en menait pas large. Il s’extirpa de son glisseur et brancha son traducteur universel, même si ces satanées créatures s’efforçaient de parler le pangéen commun. On ne savait jamais…
— Où livraison être, homme de Pangé ? expectora plus qu’il ne parla un des rebelles indigènes.
Serro reconnut la bestiole avec laquelle il avait échangé sur le télécom planétaire au motel.
— Rassurez-vous. Tout est là, à l’arrière du glisseur, répondit-il en ouvrant le coffre de l’engin.
Les trois caisses fines d’anthracite dormaient au fond, remplies de désintégrateurs un peu datés mais toujours efficaces, notamment grâce à leur recharge laser quasi inépuisable, très pratique pour la guérilla que menaient les monstres-mouches. Dans le même temps, Warfin écoutait au moyen de son trad’universel ce que se disaient entre elles les créatures.
Son oreillette invisible traduisait leur conversation. Ils se posaient des tas de questions. Avait-il été suivi ? Avait-il toute la marchandise ? Sa réputation était-elle justifiée ? Et pourquoi enfin était-il venu en glisseur anti-grav et non pas en vaisseau ?
Serro ne put réprimer un sourire.
— Bon, trêve de bavardages ! dit-il soudainement faisant s’agiter les trapues mouches humanoïdes. Le paiement avant
livraison, comme convenu.
C’est alors qu’une lumière crue et des bruits violents les surprirent. Plusieurs monstres-mouches furent fauchés net. On
leur tirait dessus au pistolet laser !
— J’ai été pisté comme un bleu ! jura Warfin avant de sortir son désintégrateur et de se réfugier derrière son glisseur
qui en prenait plein la coque.
Tandis qu’il répondait aux tirs laser, il se rendit compte que ses ennemis étaient peu nombreux. Mais ceux-ci espéraient les
retenir un moment, le temps qu’une patrouille déjà en route finisse par les rejoindre. Les deux Faëriens pistant Serro
avaient finalement obtenu une promesse de renforts. Soudain, le contrebandier vit un des monstres-mouches ramper près de lui, un vieux laser dans sa main difforme et dans l’autre, le dernier tube-lumière. Il s’agissait de son interlocuteur au motel. Derrière eux, malgré la nuit déclinante, le contrebandier vit que les neuf autres avaient été cueillis par les tirs, ainsi que le révélaient leurs entrailles fumantes, quand on dirigeait le tube-lumière Zempah vers le charnier.
— Enchanté l’ami. Moi c’est Serro Warfin, le fameux contrebandier.
— Nom moi être Shêztl, répondit en pangéen commun le monstre-mouche survivant. Trolls salopards et toi, gros incapable !
Puis il envoya une salve de son vieux pistolet laser dans les arbres qui ne toucha personne.
— T’as raison, mon vieux. Et je suis désolé pour tes copains. Mais j’ai un plan de secours que j’utiliserais à une
seule condition.
— Que toi dire, humain ?
— Le paiement.
Il y eut un long silence durant lequel les tirs de lasers ne cessèrent pas. Las de cette pluie mortelle au jaune vif qui les survolaient et commençaient à rendre la coque du glisseur brûlante, l’indigène sortit, excédé, une petite mallette. Serro
sourit. Il extirpa à son tour une tablette qu’il introduisit dans une fente au centre de la valise clignotant de partout. Puis il
reprit sa carte de crédit interstellaire. Il avait été payé.
— T’as fait le bon choix, la mouche… Antor ! il est temps que tu viennes me filer un coup de main.
— Ce sera avec plaisir Serro, retentit la voix métallique du vaisseau depuis le micro du bracelet.
Pendant ce temps, les tirs devenaient moins nourris, bien que la coque du glisseur de l’autre côté commençât à fondre. Ces tirs ne servaient qu’à ralentir les séditieux avant que la cavalerie ne vienne arrêter tout le monde. Celle-ci serait là avant l’aube. Soudain une vibration dans l’air se fit sentir. Les deux espions trolls qui avaient pisté Serro grâce à un informateur anonyme, furent fauchés par les laser-bombes de l’Antor 1700.
À l’écart de cette scène sanglante, un être dans une combinaison sidérale de haute-survie que cachait un manteau noir à large capuche, celui-là même qui avait pisté Warfin dans les rues désertes de Drhynville, et qui avait alerté
anonymement les autorités à propos du contrebandier, sourit derrière son casque. L’être se concentra ensuite sur l’Antor
1700 comme s’il voulait capturer spirituellement son essence… Le plan marchait parfaitement. D’ici peu, un escadron de vaisseaux et de glisseurs trolls débarqueraient dans les parages. Serro s’enfuirait alors de justesse de Drhyn, en enclenchant le
bond en hyperespace, technologie à priori impossible sur un coucou comme celui de Warfin. Et ils seraient là pour le cueillir au moment où il se croirait le plus à l’abri

  • Prix TTC : 12,50 €
  • Poids du produit : 250,00 kg