La vindicte du Corbeau

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1780 : une mystérieuse race extraterrestre, les Dryades, propose à Louis XVI un pacte
qu’il ne peut refuser, faisant de la France la première puissance du Vieux Monde.
1815 : Thierry de Chambreuil, capitaine du corps des Mousquetaires Noirs se voit
proposé par l’ambassadeur Cérès une mission d’apparence anodine, mais qui pourrait
bien fragiliser les relations entre le royaume et ses alliées d’outremonde. Il ignore que des
agents du traître Lafayette, le dirigeant des renégats de Nouvelle France, ont traversé
l’océan. Avec l’aide de la magie ancestrale des Hurons, et des redoutables créatures qui
les accompagnent, ils ont ourdi un terrible complot qui pourrait abattre la plus grande
monarchie européenne.
Assisté par Dame Thalie, la Dryade rebelle, Thierry de Chambreuil saura-t-il triompher de
la Vindicte du Corbeau et découvrir la vérité qui se dissimule dans l’ombre ?

(Dans le même univers que la nouvelle, Nouveaux alliés ( La cour des miracles, Milles Saisons)

 

Premier Chapitre :

1

30 mars 1815 — Environs de Fontainebleau

Louis XVI, le Bien Aimé, est mort hier, tard dans la nuit. Aux quatre coins du pays, les églises sonnent le glas, rythmant de leurs timbres sombres la tristesse des sujets en deuil. Depuis l’annonce de la disparition du souverain, une pluie fine et glacée lave les pavés de Paris, et de lourds nuages gris bouchent l’horizon, comme si le ciel en personne pleurait le trépas de Sa Majesté.

Le Roi est mort, vive le Roi ! Il en est ainsi depuis toujours et il en sera ainsi pendant les siècles à venir. Tout cela ne me touche guère et j’aime à penser que je suis au-dessus de ces cancans inutiles. Et si j’entends moi aussi le son grave des cloches des églises, ces lieux de culte désertés de l’ancienne religion ne sont pour moi qu’un reste du passé, un héritage stupide et désuet d’une époque où les gens vénéraient encore un dieu qu’ils ne pouvaient pas voir. Avant l’Alliance, longtemps avant l’arrivée des Dryades.

Cet abattement général n’est pas la seule préoccupation de l’homme de la rue et les conjectures vont bon train pour savoir qui accédera au trône, de Louis-Charles le Souffreteux ou de Louis-Joseph le Batailleur. Si le premier a le soutien de la Noblesse et est d’une nature notoirement réfléchie, le second peut compter sur Danton, qui voit en lui un monarque plus solide et plus volontaire. Les voix de ses amis du Tiers États pourraient bien lui être acquises quand l’Assemblée désignera le successeur du Roi Serrurier. Pour d’autres, le choix est entre les mains de la Reine Mère, et bien qu’elle demeure recluse dans son domaine du Trianon depuis plus de dix ans, l’Autrichienne pourrait peser lourd dans la décision. Selon un dernier groupe enfin, les seuls à disposer des cartes maîtresses ne sont autres que le ministre Robespierre et le Premier Général Bonaparte et cela ne fait aucun doute : rien ne pourra se faire sans la bénédiction de l’incorruptible politicien et du brillant militaire.

C’est le matin, et je suis assis dans une taverne, à une vingtaine de lieues de la capitale, attablé dans un angle discret, non loin de la cheminée où crépite tant bien que mal un feu moribond. Mon visage est dissimulé par les larges bords de mon chapeau, et ma cape occulte efficacement le baudrier que je porte. Un nouveau venu attire mon attention. Son regard balaye la salle alors même qu’il est toujours sur le seuil. Il ne me remarque pas, il ôte son couvre-chef et s’installe dans le recoin opposé à celui que j’occupe moi-même. Son comportement parle pour lui, c’est un professionnel, un mercenaire et sans doute un ancien soldat, habile au maniement de l’épée et qui gagne sa vie en vendant ses talents au plus offrant.

Il guette l’arrivée de quelqu’un, je peux le voir qui lance des regards fréquents vers l’entrée. Il risque d’attendre longtemps, car j’ai tué son contact il y a quelques heures de cela. J’ai dissimulé le cadavre dans les fourrés, non sans lui avoir soutiré les informations qu’il était disposé à me céder pour essayer de marchander sa misérable petite existence.

Tandis qu’il s’impatiente, deux individus sortent de l’arrière-cour et viennent le rejoindre. Leurs carrures massives et leurs fronts bas les désignent comme de stupides hommes de main, habitués à cogner sur leur prochain pour de menues piécettes. Ce type dans la taverne, lui, en revanche, est un personnage plus important, je devine que c’est lui qui les a recrutés. Je sais qu’il se nomme Dumontier et qu’il compte se porter acquéreur d’une cargaison hautement illégale.

Il discute quelques instants avec eux, et sans les entendre je comprends qu’il est en train de leur donner des ordres. Les deux costauds acquiescent en silence puis quittent la salle d’un pas lourd, je ne doute pas qu’ils seront bientôt suivis par leur chef dans quelques minutes. Je me tiens prêt, je sors de ma poche la fiole qu’elle contient et j’ôte en tout discrétion le bouchon du pouce. Quand le soldat décide de partir à son tour, je me lève d’un bond et fais mine de le bousculer par inadvertance. Tandis que je me confonds en excuse, je renverse le contenu du flacon sur ses habits. Le liquide est volatil et inodore, et il s’évapore presque aussitôt, sans laisser de trace apparente. L’homme grommelle quelques instants, mais il est trop pressé pour réagir trop longtemps à cette petite contrariété et me chercher noise. Une diligence l’attend dehors. Elle est conduite par les deux brutes, et il y grimpe en aboyant de nouveaux ordres. L’attelage s’élance de suite sur le chemin de terre battue et il disparaît dans les bois voisins. Ce n’est pas un problème, à présent, je peux sans peine suivre sa piste.

Je règle le tavernier pour le pichet de mauvais vin que je n’ai pas même touché et me rends aux écuries de l’auberge. Une fois à l’extérieur, j’ouvre les sacoches de ma selle pour en retirer un artefact que m’a confié Lagnon. En apparence, cela ressemble à une racine de mandragore. Les protubérances forment comme des jambes et des bras, et une autre plus courte figure une tête déformée avec un visage curieusement renfrogné. Je n’ai pas de difficulté à trouver un seau en fer. Par chance, un peu d’eau de pluie y stagne, je m’en sers pour arroser le pantin végétal. Ce dernier couine faiblement au contact du liquide et ses parodies de membres se mettent à bouger, comme le feraient ceux d’un petit animal qui sort d’un long sommeil.

― C’est bien, lui dis-je pour l’encourager, bien que la chose n’ait pas d’oreilles pour m’entendre. J’ai laissé une marque sur lui. Retrouve-le pour moi.

L’être s’agite quelques instants tandis que je l’installe sur mon épaule gauche. Il reconnaît sans peine la particularité de mon bras de bois, et il y lance de minuscules radicelles grâce auxquelles il s’agrippe à moi. Bientôt ses facultés gagnent mon propre organisme et de nouveaux éléments me deviennent sensibles. Le fluide que j’ai versé sur Dumontier contient des spores manufacturées par les Dryades. Elles sont si petites qu’il est impossible de les voir, même avec une loupe très puissante. Durant les prochaines heures, elles vont se diffuser tout autour de l’individu que je traque, laissant une trace indélébile derrière lui. L’homoncule me rend le chemin aussi visible que des empreintes de pas dans la boue. À présent, je distingue un mince filet de fumée verdâtre et luminescente qui s’enfonce dans les bois. Ma vision n’est pas la seule affectée, une odeur d’herbe fraîchement coupée accompagne le sillon qui remonte désormais jusqu’à l’homme de la taverne. Je selle mon cheval et m’élance à la poursuite de la diligence.

Quand l’artefact, épuisé, meurt et tombe en poussière, plusieurs heures se sont écoulées et l’après-midi est bien entamé. La piste s’est avérée facile à suivre, et elle m’a conduit à un manoir isolé. La bâtisse est ancienne et elle m’a tout l’air d’être délaissée depuis de nombreuses années. Je m’installe à distance pour ne pas révéler ma présence et je commence à détailler l’endroit avec une longue-vue.

Dumontier est à l’intérieur. Il a pris la peine d’échanger son surcot de voyageur contre des habits propres, et ses habitudes de guerrier ont la vie dure comme le confirme l’épée courte qui bat contre sa jambe. Il n’est pas seul, j’ai pu le voir donner des ordres à une douzaine de soldats de fortune. Ces derniers montent maintenant la garde aux différentes issues du petit château. Ils sont là pour garantir la sécurité de la transaction à venir, et leur employeur n’a pas regardé à la dépense. Il faudra que je pense à remercier l’Arquebuse, pour une fois les informations qu’il m’a fournies ne sont pas éventées, mais de toute évidence l’événement est encore plus important que ce qu’il imaginait lui-même. Je décide d’attendre la nuit pour intervenir. Sous la protection des ténèbres, bien des choses deviennent plus simples.

La suite prouve que j’ai eu raison de me montrer patient. Alors que les derniers rayons du soleil disparaissent petit à petit derrière l’horizon, un groupe de cavaliers se présente à la grille du domaine abandonné. Ils encadrent une charrette qui transporte une dizaine de caisses. Le personnage sur le cheval de tête attire particulièrement mon attention. Maigre, de taille moyenne, ses cheveux, si blonds qu’ils en paraissent blancs, lui arrivent aux épaules. Son visage en lame de couteau, perpétuellement déformé par un rictus renfrogné et son nez aquilin renforce encore le sentiment de dureté et de malignité qui se dégage de cette silhouette osseuse. Je connais cet homme, il se surnomme lui-même le Furet, et c’est un malandrin de grande envergure. Les escouades de la Gendarmerie Royale lui courent après depuis si longtemps que les chanteurs de rue de la capitale ont ajouté le récit des échecs répétés de la Maréchaussée à leurs répertoires. Pour son malheur, il a fini par attirer l’attention de Bonaparte en personne, lequel a vite demandé l’aide du corps des Mousquetaires Noirs. Si tout se passe bien, je mettrai fin à cette sinistre carrière dès ce soir.

L’arrivée de la marchandise va me fournir la diversion dont j’avais besoin. Je quitte ma cachette et m’approche de l’arrière de la bâtisse. Deux soldats montent la garde devant la porte qui donne sur les dépendances. Les jardins n’ont pas été entretenus depuis des mois si ce n’est des années, et la végétation y est dense. J’y progresse sans un bruit et surgit face aux mercenaires. Bien qu’ils soient sur leurs gardes, il sont surpris par ma rapidité. Avant qu’ils n’aient l’occasion d’alerter leurs compagnons, ma rapière trouve le chemin du cœur du premier, le second hésite en voyant son complice embroché, je profite de cet instant pour l’égorger avec ma dague. Ils s’effondrent en silence. Je ne prends pas la peine de dissimuler leurs cadavres, je dois agir vite et je n’ai pas le temps de faire dans le détail. Je rentre et rejoins la cuisine. La poussière s’est accumulée ici et la pièce sent le moisi et le renfermé. Dans un angle se trouve une vieille cheminée à moitié démolie. J’y dépose un peu de la poudre que je conserve dans la besace accrochée à ma ceinture et confectionne une mèche d’amadou rudimentaire. L’explosif est coupé avec des spores étrangères qui décuplent ses effets dévastateurs, j’ai quelques minutes devant moi avant qu’un prodigieux feu d’artifice ne se déclenche.

Le couloir adjacent est vide, mais j’entends des bruits de pas rapides qui se rapprochent. Je ne cherche pas à éviter la ronde, je quitte ma cachette et dégaine mon pistolet à silex. La balle frappe le soudard en pleine tête. J’enjambe son corps tandis qu’il agonise sur le sol. Le salon est à présent à ma portée. La pièce est inoccupée et silencieuse. Les gardes sont sortis pour protéger leur employeur, quand il a rejoint la cour principale.

Au travers des fenêtres, je peux voir la transaction qui se déroule à l’extérieur. Le Furet est descendu de cheval et il discute avec Dumontier. Le trafiquant fait signe à ses acolytes, lesquels apportent les mystérieuses caisses et en ouvre une à l’aide d’un pied de biche. Elle contient une multitude de fruits de la taille d’un poing et dont la forme évoque celle d’une petite citrouille. Elles sont d’un brun foncé qui contraste avec la fleur multicolore qui orne leurs tiges. Des Fleurs de Mort, je ne pensais pas qu’il en circulait encore depuis la capitulation de l’Angleterre. Entre de mauvaises mains, elles pourraient faire des ravages.

La bombe que j’ai préparée dans la cuisine choisit ce moment pour exploser. Le résultat dépasse de beaucoup mes espérances, les fenêtres volent en éclats avec une puissante déflagration et un incendie se déclenche. Je profite de la confusion pour me précipiter dehors, l’arme au poing. Je suis seul et ils ont nombreux. Bien que je dispose d’une force et d’une vitesse bien supérieure à celles du commun des mortels, je serai mort avant de les avoir tous défaits, mais ma cible est ailleurs. Je cours en direction des boîtes encore scellées. C’est là mon unique chance de mener à bien ma mission et d’anéantir le Furet et sa bande de malandrins une bonne fois pour toutes.

Les choses fonctionnent comme je l’espérais, je parviens à atteindre la charrette et à renverser l’une des caisses. Elle tombe au sol et se brise, laissant échapper son contenu mortel. Mes opposants me font face désormais. Certains ont sorti des mousquets, mais effrayés par la marchandise ils évitent de tirer dans ma direction de peur de faire exploser les fruits dangereux. Certains, plus audacieux que les autres, m’attaquent, sabre au poing. Je ne cherche pas à fuir, je les affronte armé de ma rapière et de ma Main Gauche. Ils ne s’attendaient pas à ma réaction, je les vois qui hésitent pendant un bref instant. Cette fraction de seconde leur est fatale, je frappe le premier à la cuisse, sectionnant son artère fémorale. Sa jambe ne le porte plus et il saigne comme un porc, je lui assène un violent coup d’épaule pour qu’il tombe sur son acolyte. Ce denier s’écarte, mais cette esquive intuitive est une erreur, car elle me donne le temps de l’attaquer à son tour. Ma dague plonge dans son poumon gauche, manquant de peu le cœur. Il regarde sa blessure, incrédule, tandis qu’un mousse rougeâtre se force à ses lèvres. Il essaye de crier sans y parvenir puis s’effondre à côté de son complice.

Je ne prends pas le temps de vérifier qu’il sont morts, car la seconde vague est sur moi presque aussitôt. Cette fois-ci, ils sont trop nombreux et leurs assauts portent. Je présente le flanc droit et ils s’avèrent un peu surpris en constatant que les attaques qu’ils infligent au poignet et à l’épaule ne font pas couler de sang, mais laissent sur leurs lames des traces vertes et collantes qui évoquent la sève d’un arbre. Mon bras n’est pas fait de chair, il est le résultat de la science des Dryades. Je délie les centaines de fines branches qui le constituent et je les lance contre mes assaillants. Mes radicelles parviennent à saisir deux d’entre eux à la gorge. Elles s’entoureront autour de leurs cous comme des serpents végétaux et commencent à les étrangler. Leurs compagnons réagissent et tranchent certaines de mes lianes. La douleur m’arrache un cri, je dois reculer tandis que mon bras et ma main se reforment avec un claquement sec. Le hasard m’offre enfin la porte de sortie que j’attendais. Les Fleurs de Mort répandues au sol sont des créatures vivantes, et elles ont à présent parfaitement senti ma présence. Je leur ordonne d’exploser, et elles laissent échapper leurs spores mortifères qu’elles renferment. D’affreuses plaies apparaissent sur les mains et les visages des mercenaires, ils ne crient pas longtemps, car leurs poumons sont vite rongés par la putrescence végétale. Celle-ci s’attaque ensuite à leurs squelettes pour les transformer en cadavres dévorés par la moisissure verte.

Je ramasse d’autres fruits mutants et les lance en direction des soldats restants. J’atteins ainsi Dumontier et ses gardes. Je ne m’attarde pas sur cette petite victoire et me rapproche du Furet. L’homme aux cheveux blancs et filasse me contemple avec des yeux remplis de haine.

― Je suis Thierry de Chambreuil, Capitaine du Corps des Mousquetaires Noirs, lui dis-je en arrivant à sa portée. Je le salue d’un bref geste de mon sabre, plus un vieux réflexe d’épéiste qu’autre chose.

― Le Premier Général Bonaparte a jeté ses chiens après moi. Vous m’en voyez flatté, répond-il avec un calme qui contraste curieusement avec la rage évidente qui l’habite.

― Vous ferez probablement sa connaissance quand il viendra vous rendre visite dans votre cellule du Châtelet. À moins qu’il ne se déplace uniquement pour assister à votre exécution.

― Vous, les Sanctifiés, vous croyez si supérieurs au commun des mortels ! Vous n’êtes que des estropiés auxquels les Dryades ont restitué leurs membres amputés. Elles ont fait de vous des caricatures d’êtres humains. Vous ne m’inspirez que de la pitié.

― Vos états d’âme m’indiffèrent. Vous allez devoir me suivre à présent.

― Je ne pense pas.

Le trafiquant se saisit à son tour d’une fleur de mort qu’il jette à mes pieds. Leurs spores m’enveloppent, mais elles me reconnaissent vite comme un compagnon de leurs créatrices, ce qui les rend inoffensives, mais le nuage qu’elles produisent m’aveugle quelques instants. Le Furet met cette diversion à profit pour attraper une lance qu’il projette sur moi. La pique se fiche dans mon épaule, me clouant au mur comme un papillon. Le bandit en profite pour monter sur l’un des seuls chevaux qui ne se sont pas échappés dans la cohue. Il s’enfuit au triple galop.

Je retire sans peine le pieu, comme s’il s’agissait d’une simple écharde. Mon bras de bois diffuse dans mon organisme sa magie et colmate une blessure qui aurait tué n’importe qui ici, sauf moi. Je me relève avec difficulté. Récupérer d’une telle attaque est épuisant et je me maudis de m’être laissé ainsi berner par ce malandrin. Il faudra que j’attende quelque temps avant de pouvoir à mon tour me lancer à sa poursuite. Autour de moi, le décor est un vrai massacre. Les cadavres rongés par les armes des Dryades jonchent le sol, et ils dégagent désormais une douce odeur d’humus qui m’évoquent plus un sous-bois qu’un champ de bataille. La loyauté des soldats de fortune n’a pas été à la hauteur de l’horreur que je leur ai fait subir, une bonne partie d’entre eux a préféré s’enfuir plutôt que de m’affronter. Je ressens alors une présence diffuse, comme quand quelqu’un vous fixe du regard. Cette sensation s’accompagne d’une violente démangeaison dans mon bras de bois et une vive senteur fruitée me flatte les narines, recouvrant toutes celles du combat qui vient d’avoir lieu. L’impression est si forte que j’en oublie le Furet qui s’éloigne un peu plus chaque seconde qui s’écoule.

Je me retourne vers la carriole et remarque une caisse différente des autres. Elle est longue et étroite, et pour tout dire sa forme évoque celle d’un cercueil. Je ramasse le pied-de-biche dont les sbires de Dumontier se sont servis avant que je n’entre en scène. Il y a bien une personne à l’intérieur, mais c’est une Dryade qui est étendue là. Je comprends maintenant les enjeux derrière cette transaction particulière et je bénis l’Arquebuse pour ses informations qui m’ont conduit à ce manoir.

L’être qui est allongé devant moi est fin et élancé, avec des membres qui font penser à des bras et des jambes, mais il s’avère impossible de distinguer des coudes ou des genoux. Son anatomie est frêle et délicate, et elle évoque une forme féminine. Sa tête est petite et étroite, de même que ses épaules, avec des oreilles, un menton et un nez à peine dessinés, au contraire des pommettes, très marquées, et des yeux, bien plus grand que ceux d’un humain. Son corps nu était recouvert d’un duvet vert foncé qui rappelle du gazon ou de la mousse sur les arbres. S’il est absent de son visage et des appendices complexes qui lui servent de main, il est dru et dense sur le torse et le pelvis, et remonte le long de son cou, de son dos au sommet de son crâne, formant une sorte de chevelure. Ses paupières s’ouvrent d’un seul coup, révélant des pupilles d’un vert éclatant, presque lumineux. Avec une grâce étrangère, elle se relève. Quand elle parvient enfin à s’asseoir, son regard se tourne vers moi.

― Je suis Thalie, dit-elle simplement.

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